Bienvenue au Canada

Le risque avec les idées reçues, c’est qu’elles s’écrasent contre la paroi de la réalité. En posant mes valises à Montréal, début septembre, j’avais cette peur compréhensible de ne pas trouver au Canada l’accueil, la tolérance et la chaleur humaine qu’on m’avait promis.

Ce fut tout le contraire : loin d’être déçue, j’ai été surprise de retrouver ces qualités et bien davantage. Les québécois ne sont pas simplement accueillants, ils sont respectueux, drôles, gentils et amicaux. La bisounours en moi est conquise.

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COMME A LA MAISON

Je ne sais pas si c’était grâce à la chaleur de l’accueil, le sourire des Montréalais ou le soleil qui tape mais je me suis tout de suite sentie chez moi. C’est que Montréal n’a pas le temps pour le mal du pays. Les clichés ne sont jamais très loin de la réalité : ici, la vie parait plus simple, moins stressante, plus douce, et plus agréable. C’est un sentiment très partagé chez les étudiants et les étrangers que j’ai rencontrés : « Tout le monde se sent très vite accepté dans cette ville. Tout le monde se sent chez soi » me disait justement un professeur français de sciences politiques. Jusqu’à ce que l’hiver arrive.

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CHALEUR … HUMAINE 

Si j’étais préparée à connaître un automne très court suivi d’un hiver très long, je n’avais jamais pensé retrouver à Montréal la canicule européenne que je venais de quitter. C’est pendant ces semaines où la température dépassait les 32 degrés que j’ai découvert un aspect très américain de la vie canadienne : la climatisation à outrance. Il faisait tellement froid dans les supermarchés et les salles de classe que je devais prendre un pull avec moi. Bien évidemment, une semaine après mon arrivée, j’étais déjà enrhumée, comme la moitié de la ville. « Le rhume, c’est la culture ici » plaisantait une de mes amies québecoises, « et ce à toutes les saisons« .

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C’est que le vent glacé remplacera très vite la climatisation. Bien que Montréal connaisse cette année un très bel automne – avec ses arbres rouges orangés et son vent doux – les locaux savent que l’hiver arrive à grands pas. On m’a promis des températures négatives allant jusqu’à -40°C, un froid qui fait mal, des trottoirs emboués de neige et du verglas mais je suis toujours aussi impatiente de connaître mon premier hiver canadien. Une excitation qui passera sûrement très vite.

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ENTRE L’EUROPE ET LES ÉTATS UNIS 

La ville est à mi chemin entre les pavés d’Europe et le New York américain. D’abord, l’architecture. En quelques minutes de voiture, vous passez des buildings et des centres commerciaux au Vieux Port et à ses terrasses de restaurants. Mais avant tout, et ce même dans ses coins les plus urbains, la ville est verte : Montréal compte une quarantaine de parcs intra-muros, ce qui donne à ses habitants un confort de vie remarquable.

Ensuite, le lifestyle. La métropole est bondée de centres commerciaux et d’affiches publicitaires qui rappellent la folie des grandeurs américaine. Les universités sont également très états-uniennes, avec d’énormes centres sportifs et des campus qui s’étalent sur trois stations de métro. Les quatre universités principales de la ville – McGill, Concordia, l’Université de Montréal (UdeM) et l’université du Québec à Montréal (UQAM) – ont leur propre couleur, leurs équipes surmotivées et leurs traditions. On est donc très loin du Sciences Po Lille que je connais.

Mais c’est la joie de vivre et la liberté européennes qui l’emportent culturellement : les rues ne dorment jamais et la nuit rappelle les fêtes parisiennes, berlinoises et espagnoles. Je retrouve à Montréal le Paris dont je rêve : libre, joyeux et débarrassé du stress qui le rend insupportable. Et Dieu merci, les loyers sont moins chers.

ECOLO MAIS PAS TROP

Ici, tout est vert et gris. La quantité impressionnante d’espaces verts et la démocratisation des transports en commun font de la ville une bonne élève de l’écologie, du moins en apparence. En octobre 2018, la ville affiche un assez bon indice de qualité de l’air (18*) et met en avant ses objectifs de développement durable. La Société de transports de Montréal (STM) rêve même d’électrifier les transports : « à compter de 2025, nous visons à faire l’acquisition de véhicules 100 % électriques afin d’atteindre zéro émission de GES dès 2040« .

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En attendant, la société propose une application « STM Merci » qui propose des offres de rabais aux utilisateurs des transports en commun. Grâce à ses 340 partenaires, la STM vous permet de toucher des réductions dans une multitude de domaines : du sport à la mode en passant par les livres, la musique, les jeux vidéos, les spectacles ou encore les restaurants, il vous suffit de présenter un titre de transport valide pour être récompensé.

STM Merci : des centaines de rabais disponibles à tout moment

Campagne positive  pour encourager la prise des transports en commun

La STM n’est pas la seule à relever ses manches pour combattre la pollution. La ville a lancé en 2007 un plan d’action en matière de développement durable qui vise à verdir la ville, à implanter de nouveaux éco-centres, à promouvoir l’économie sociale et à encourager le remplacement des véhicules par des modèles moins polluants .

Mais pour l’instant, le gris l’emporte sur le vert. La ville est en haut du classement des villes les plus polluées du Canada et a connu en 2016 des pic de pollution aux conséquences néfastes pour la population. La Presse avait alors interrogé le docteur François Reeves, cardiologue et professeur à l’École de santé publique : «On le voit, on le sent, dit-il. Et ça affecte la santé des gens. Une étude récente réalisée à Boston montre que les admissions aux urgences pour un ACV grimpent de 30 à 50% quand la qualité de l’air passe de « moyenne » à « passable« . Montréal est loin d’être Pékin, mais pas besoin d’être Pékin pour être affecté par la pollution

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Des nuages de fumée dans le centre-ville de Montréal Photo : iStock (Radio Canada, 2018)

 

* Indice de qualité de l’air autour de 18 à Montréal en octobre 2018 (Bon : entre 1 et 25, Acceptable : entre 26 et 50, Mauvais : + de 50)

MULTICULTURE

Outre les espaces verts et l’aventure canadienne, j’ai choisi Montréal pour le mutliculturalisme. Lassée par les stéréotypes et les lois sur l’immigration française, je cherchais un climat de tolérance où personne n’est accusé d’être né au mauvais endroit. Ici, porter le voile ou un chapelet ne remet pas votre citoyenneté en question. Plutôt que de fantasmer sur une culture immuable et identique, le Canada invite au respect de la culture de l’autre. Et ça marche.

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Tout le monde est le bienvenu, à condition qu’il le veuille vraiment. La réussite est une des premières valeurs des Montréalais et ils attendent des étrangers qu’ils s’intègrent parfaitement à la vie québécoise. Pour aider les immigrés, la ville propose des cours de français gratuits, des formations et des parrainages. Un des quartiers les plus pauvres de Montréal par exemple, à Pointe-Saint Charles, propose des ateliers pour former la communauté locale aux nouvelles technologies et participer à leur insertion. Même si le Canada a encore des progrès à faire dans l’accueil des étrangers, il a tout de même une avance considérable sur les villes européennes. 

C’est que le multiculturalisme donne tout son charme à Montréal. La ville fourmille d’étrangers, notamment étudiants. Il n’a jamais été aussi facile de rencontrer des gens venus des quatre coins du monde : en un mois j’ai rencontré des Marocains, des Égyptiens, des Libyens, beaucoup de Français, quelques Anglais, des Roumains, des Chinois, des Vietnamiens, des Brésiliens et des Chiliens.

L’URNE DE LA DÉSILLUSION 

Mais le multiculturalisme ne plaît pas à tout le monde. Le Québec n’a pas vocation à se prendre pour l’Eldorado et les électeurs l’ont bien fait savoir en élisant la Coalition Avenir Québec (CAQ) le 1er octobre. Ce parti de droite met l’accent sur le nationalisme québécois et souhaite réduire de 20% le seuil d’immigration, relancer le débat sur le port des objets religieux et l’interdire pour  » le personnel en position d’autorité« .

Résultats de l’élection. De haut en bas : Coalition Avenir Québec (droite), Parti libéral du Québec (centre progressiste), Québec solidaire (gauche), Parti conservateur du Québec (droite) et Nouveau parti démocrate du Québec (gauche)

Nota Bene : Au Québec, il n’y a pas de second tour électoral. Le parti amassant le plus de voix l’emporte dès le premier tour. Pour prendre un exemple parlant, au premier tour de l’élection présidentielle française de 2017, c’est Emmanuel Macron qui comptabilisait le plus de voix (24,01% des suffrages exprimés). 

J’ai été surprise de retrouver au Québec le bouleversement de l’échiquier politique que l’on connaît en France. L’élection du CAQ a surpris énormément car depuis 1970, aucun autre parti que le Parti Québecois et le Parti Libéral du Québec n’avait détenu le pouvoir. Ces élections ont relancé le débat de la proportionnelle, les citoyens demandant de plus en plus une meilleure représentation à l’Assemblée nationale.

Quoi qu’il en soit, loin du RN (Rassemblement National), des Républicains, de la France Insoumise et de La République en marche!, mes cours me plongent dans l’analyse d’une politique dont je ne connais rien et bien que l’expérience soit déstabilisante, elle en vaut la peine.

ROSE BONBON SANS EXCEPTION ?

Si tout n’est pas parfait au pays des taxes et des écureuils, la vie est tout de même plus joyeuse et plus douce lorsque vous êtes étudiant en échange. Montréal est une ville haute en couleurs qui, tant qu’elle n’est pas recouverte de blanc, bourdonne d’animations et de festivals. En un mois, je n’ai rencontré que des personnes accueillantes et souriantes, et je n’ai jamais manqué d’aide. Même si l’hiver me rendra sûrement moins candide, je profite pour l’instant des arbres orangés d’automne et de la bonne humeur locale. En Erasmus, la vie est rose bonbon.

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4 réflexions sur “Bienvenue au Canada

    1. Merci énormément, je n’écris pas souvent sur ce blog mais ce genre de commentaire me pousse vraiment à changer mes habitudes ! Ravie de découvrir votre blog aussi 😊

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