Dans Un vrai bonhomme, les hommes se cachent pour pleurer

Benjamin Parent signe un premier long-métrage émouvant sur le deuil et l’adolescence, porté par un casting juste et une écriture qui ne triche pas.

On s’attend à un film niais, on en sort retourné. Dans Un vrai bonhomme, Benjamin Parent donne vie à un adolescent timide et touchant qui s’accroche à la virilité pour se sentir exister. Le jeune Thomas Guy et son frère à l’écran, Benjamin Voisin, nous bouleversent dans cette comédie dramatique sur les chemins que prennent le deuil et la quête de soi.

Tom, un jeune lycéen peu sûr de lui, essaie de devenir « un vrai gars » grâce aux conseils de son grand frère Léo avec lequel il entretient une relation assez malsaine. Dans le genre mélodrame pour prépubères, on se dit qu’on a assez donné. On aurait tort pourtant de s’arrêter à la première impression. Un vrai bonhomme n’est pas un tiède film pour lycéens mais une histoire profonde entre deux frères qu’un accident de la route a séparé et qui ne savent pas comment se quitter.

Perdu sans son frère, Tom l’imagine à ses côtés dans les étapes ordinaires mais délicates qu’un lycéen doit traverser. Pour être un bonhomme, Léo lui conseille d’être un dur, menton haut et torse bombé. En suivant les pas de son frère, Tom tente de se faire une place dans le coeur troué de son père (Laurent Lucas) et le ventre rond de sa mère (Isabelle Carré). Sans jamais juger ni son héros ni ses parents, Benjamin Parent construit des scènes poignantes sur le deuil et l’abandon. En évitant soigneusement les clichés, il montre qu’il y a autant de façon de dire adieu qu’il y a de personnages dans le film : Tom se réfugie dans le déni, le père dans le silence et la mère dans l’espoir d’un nouveau né.

Plus intéressant encore, l’auteur-réalisateur français montre la bêtise qui interdit aux hommes de pleurer. Tout au long du film, Tom cache son chagrin dans la colère et dans l’imaginaire; son ami dans des carnets de dessin et son père dans le sport. C’est la mère, à la fin, qui pleurera en premier, comme pour montrer comment faire. Dans son court métrage nommé en 2013 aux Césars Ce n’est pas un film de cow-boys, Benjamin Parent s’attaquait déjà aux ravages de l’injonction à la virilité chez les adolescents. Avec son duo d’acteurs à qui l’avenir sourit, il raconte les méandres de cet âge où l’on se construit sur des interdits.

Scénariste du très bon Mon inconnue l’an dernier, Benjamin Parent se lance avec ce nouveau film dans une aventure en solo. Pari réussi puisqu’il parvient à nous embarquer dans une fiction qui confond réalité et fantastique sans qu’on y prenne peur. En nous donnant à voir des souvenirs faussés comme l’accident de voiture, l’auteur nous questionne sur les frontières entre la vie et la mort de l’autre : pour Tom, Léo n’est pas mort en voiture parce qu’il n’est pas prêt à le laisser partir. 

Ce mélange des mondes permet également au réalisateur d’explorer la culpabilité et le désir d’avancer liés au deuil et qui le compliquent davantage. Il peut remercier notamment Isabelle Carré, qui, effacée mais poignante dans son rôle de mère, puise la force de pardonner la mort d’un enfant comme si c’était le sien. Le jeu sincère des deux frères, Thomas Guy et Benjamin Voisin, touche le spectateur au coeur et fait de ce drame une jolie surprise du cinéma français. 

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