Tapons sur nos claviers plutôt que sur les journalistes

« Madame Anne-Lyvia Tollinchi,

Vous êtes admis(e) à intégrer la 95ème promotion de l’Ecole. Je vous en félicite. Vous trouverez dans les lignes ci-dessous des informations nécessaires pour finaliser votre inscription. »

Hein ? Comment ça « admise » ? Vous voulez dire, dans la vraie vie ? A force de m’éparpiller dans mes études, j’avais presque oublié mon objectif : devenir journaliste. Et cette fois, ce n’est plus un fantasme ou un projet lointain. C’est très concret : dans deux ans, si tout va bien, je serai diplômée et je pourrai travailler.

La vérité, c’est que je ne suis pas prête à endosser cette responsabilité. Je suis terrifiée à l’idée d’entrer dans ce milieu la tête pleine de belles idées et de les abandonner sur mon chemin. (Parce que bon, les idéaux, ça va cinq minutes mais il faut bien manger). Je suis terrifiée à l’idée de blesser, d’écrire faux, de mal nommer les choses. Je suis terrifiée à l’idée non pas d’écrire, mais d’écrire mal.

Le rapport 2019 du Reuters Institute est catégorique : 24% des Français seulement font confiance aux médias, tous formats confondus. C’est le taux le plus bas d’Europe cette année. Je n’aime pas les sondages mais celui-là est frappant. Face à ce constat, on ne saurait prendre trop de recul. Les chiffres disent tout et n’importe quoi : on ne sait pas ici si on parle des médias de masse, des médias numériques ou encore des nouveaux médias. On ne sait pas à qui on parle, et on ne saurait se satisfaire d’un groupe aussi difforme et hétérogène que « les Français ». Et surtout, on ne connait pas leurs raisons.

Quoi qu’il en soit, la confiance des citoyens du monde entier pour les médias s’est bel et bien effondrée. C’est une chose formidable que de le savoir : cette façon d’informer ne convainc pas, changeons là ! Ce constat est précieux pour nous, étudiants en journalisme, qui voulons faire autrement.

Mais nous ne pouvons rien faire seuls. Nous ne pouvons pas créer un nouveau journalisme sans ceux qui veulent nous lire. Enfant, je voulais être journaliste pour que chacun puisse s’informer librement, puisse apprendre ce qu’il se passe autour de lui – peu importe l’échelle – et pour que chacun puisse le comprendre. La vérité, dix ans plus tard, c’est que je ne sais pas comment m’y prendre.

Ce blog prend donc une nouvelle direction : plutôt que d’écrire sur tout et n’importe quoi, je le propose comme terrain d’échange pour construire ensemble ce que pourrait être le journalisme de demain. Ca fait très projet capitaliste mais l’intention est là : soulever des montagnes, c’est bien trop lourd seul … alors essayons ensemble.

CONCRÈTEMENT

Ce blog est un livre blanc du journalisme. Libre à vous de m’envoyer vos idées sur mon adresse mail, annetollinchi@gmail.com . Ecrivez moi sur ce que vous n’aimez pas / ce que vous aimez dans le journalisme actuel (en précisant lequel) et / ou ce que vous aimeriez voir dans celui de demain. Je publierai vos remarques et vos idées en essayant de les développer si besoin est et de réfléchir à comment les prendre en compte dans la construction d’un journal viable économiquement et socialement.